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Cap sud, magie de l'aéronautique

8 jours avec le Beech Bonanza du club par Jean Louis, Michel, Philippe et Giorgio

 

Samedi 26 juin, ciel limpide, Mureaux les bains et sa pelouse rase, le soleil donne le sens de piste vers l'est, trois pilotes sortent le Beech, pré vol et revue de détail sur cartes et bagages, dernier notam, bon faut y aller, l'aventure nous attend à l'autre bout du cap, pinnule vers le 160, casqués et heureux on met en route. On laisse avec joie le tour de piste à d'autres, derrière nous, Michel aux commandes passe des points usés à force d'y astiquer nos vols, on déplie la carte 2010 vers des points neufs, des VOR du centre, des massifs apparaissent, samedi calme à la radio, effet coupe du monde sans doute? SIV Seine puis Clermont, Lyon et le Mont Blanc dans sa pureté calme du petit matin, plongée vers le lac de Chambéry, arrivée souple train sorti, le premier complet de la série, température élevée au sol, l'air comme une purée immobile posée sur le lac, vision de carte postale, pas un nuage. Une salade, une météo qui nous dit cavok en théorie, un plan de vol vers Rome, et hop on repart dans la machine surchauffée, heureusement qu'il y a un gros ventilateur devant de 300 cv, décollage sur le lac immobile, Philippe pilote la montée dans la Maurienne, des traces de neige, des cumulus qui grimpent sur la frontière, fraicheur de l'altitude, plaisir du spectacle. On passe la verticale de Modane, et le col du Mont Cenis devant est bouché, 180 et cap sud pour passer dans une trouée proche vers l'Italie, vol tranquille, le ciel sec devant, on reprend une vallée derrière la crête, la plaine du Po étale sa brume plus loin en bas, la radio italienne crachote, çà y est, parti pour 8 jours de contrôle en anglais et de surprises, de paysages et d'oubli des franchouillardises du moment.

Plaine du Po, circuit VFR, 2000 pieds voire 1000 pieds, air chaud, un contrôle tatillon fait pour les IFR et des antennes mal placées, bref pas de contact propre avec Milano, on les accroche plus loin juste avant les collines de la Toscane, on les perd vite, la météo pas si cavok que cela sur l'ouest de la péninsule avec des cunimb et d'autres brumaches droit devant, on arrive sur Florence avec mélange d'averse et de soleil, verticale le terrain et la ville 1000 pieds, Beech sur la tranche et photos qui crépitent du dome, du pont, et des places juste dessous, grosse pluie sombre devant et impacts sur le radar de bord. Quelques éclairs à gauche, contact avec Roma info pour la trajectoire finale.

Nouvel orage sur le point d'entrée nord de Rome, un lac et une bonne averse qui nettoie le pare-brise, accalmie de 10 mn, contournement de la ville par l'est, ciel très sombre et la pluie revient fort quand on tourne au sud vers Sabaudia, destination finale du jour, petit terrain en herbe au centre des marais pontins asséchés par Mussolini, passage dans la crasse, repérage de la piste, Giorgio à la radio qui nous fait l'accueil, atterrissage classique sur piste mouillée, la pluie nous suit jusqu'au parking, tout est vert et frais.

On gare la bête qui nous a mené ici sans encombre, Giorgio arrive et on transfère les bagages, retour à la vie terrestre, soirée sympa et préparation du lendemain.

Dimanche 27, ciel lavé, soleil pur, retour à Sabaudia airport, décollage calculé piste courte sur herbe courte et déjà sèche, traversée de la zone de Naples, verticale Capri et son paysage de rêve, des voiliers de luxe et des lumières royales, on va se poser Salerno pour le plein, le carnet de vol se remplit. Saut de puce vers Scalea ensuite, Handling cool, repas italien dans un jardin, belle adresse pour revenir. Décollage cap vers Stromboli, la chaleur de l'après-midi plombe un peu, survol maritime vers le volcan, tour du monstre pour les photos, un tip tank vide, je passe sur le gauche, sud sur les iles éoliennes puis la cote nord de Sicile, passage au large de Palerme bétonnée, aucune trace de mafia dans le ciel, quelques trous de radio vers Trapani, terrain mixte civil-mili, arrivée amusante avec un bon vent de travers, parking au bout du béton loin des liners, taxi vers la ville au milieu de marais salants et de vieux moulins, pays de vent sûr.

Stop d'une journée, tourisme vélo le soir, lundi 27 traversée vers l'ile d'en face faite de vieille lave volcanique claire, loc bateau et baignades multiples dans une eau fraiche, quelques poissons visibles, eau pure.

Mardi 28 décollage matin pour Malte, suivi plages sud Sicile, temple grec inconnu, pas vu celui d'Agrigento interdit de survol. On quitte le contrôle italien cap sud pour un contrôle mode british sur Malta, toujours une météo bleue dessus bleue dessous, arrivée par la côte est, posé sur la 23 avec des liners en 31, vue imprenable au passage sur La Vallette, son port et ses remparts. Parking 2, Handling bizarre avec 20 mn d'attente mais finalement correct, il s'avère qu'ici il faut prévenir de son arrivée auprès d'un des deux handlers pour être intégrés dans leur planning. Hôtel bien placé face à la vieille ville, balade en voiture vers le nord, plage à touristes, retour par une ville ancienne sur un piton, on se perd au retour dans la campagne de nuit, heureusement l'ile est petite et tous les chemins ramènent à La Valette ... bon resto près du port le soir, la nourriture est très italienne (heureusement pas british), la sonorité de la langue type Afrique du nord, la langue écrite totalement hermétique à nos neurones.

Mercredi 29, départ tôt vers Bari puis Dubrovnik, Handling on time, décollage 23 et suivi de la côte ouest dans la brume du matin, retour de nos "amis" italiens sur la fréquence qui nous demandent des points de report, des estimées à tout bout de champ pour toujours nous coller à mille pieds, nous donnent un code transpondeur pour ensuite répondre qu'ils n'ont pas de radar ... passage par Taormine et le détroit de Messine, l'Etna avait déjà mis son chapeau pour nous saluer. Les gros cumulus passent en towering CU, on se faufile vers la côte est, sec sur les montagnettes ensuite, arrivée Bari avec du vent d'est.

Séance  kafkaienne de trois heures avec le contrôle local au sol, plein à 3 euros le litre, finalement autorisés à repartir vers le Croatie, un sketch avec la tour sur un positionnement taxiway Echo (il prétendait que l'avion avait franchi le stop alors qu'on s'était arrêté 10 m avant ... mais des travaux en cours et il ne pouvait rien voir de sa tour, enfin) doublé d'une émission aléatoire de mon micro, bref on finit par décoller et se sauver de ce lieu où on s'est tous promis de ne jamais remettre ni les roues ni les pieds.

Traversée paisible vers les premières iles dalmates, un contrôleur croate très pro (le premier d'une longue série), des vues splendides sur des centaines d'iles (la plupart non reportées sur la carte), toujours le soleil et la lumière cristalline, arrivée décontract sur Dubrovnik, piste en montée et airport avec les habituels low costs garés, Handling efficace, taxi, hôtel, mer et piscine, avant d'aller le soir visiter la ville superbe.

Soirée agréable, resto au port, pas mal de touristes, de filles en bande, de boites de nuit, mais supportable loin des excès de notre cote d'azur.

Un petit plouf le jeudi matin avant de se remettre aux commandes du Beech, la tour de Dubrovnik nous arrange le coup avec un départ vers le nord en longeant la côte pour passer au raz de la ville, poursuite au cap 320 survol des iles en longueur, des ports anciens, des crêtes arides ou vertes, quelques plaines cultivées mais beaucoup d'endroits déserts. Arrivée 13h sur Losinj (prononcer Losigne), 900 m piste en dur presque genre montagne, accueil sympa, beaucoup de monomoteurs allemands et italiens, quelques autres, hôtel et plage à 15 mn.

Hôtel bord de plage dans la pinède, style moscovite, bronzette et plongée, la vie très dure du pilote de luxe.

Départ le vendredi matin 02 juillet, cap inverse au sud vers une autre ile, Brac (prononcer Bratche), une heure de vol sur des iles endormies au matin, toujours bleu dessus et dessous, des photographes derrière qui n'en peuvent plus (vont mettre des mois à exploiter tout çà), arrivée sud de Split sur notre destination, un plateau à 1800 pieds dominant la plage Stani Rat plus connue sous l'appellation "String" de part sa forme triangulo-élancée vers la mer, atterrissage gentil pas de rabattant, piste de 1200 m et grand parking, Handling près à nous refueller et parquer ensuite.

Descente de 1700 pieds sur route belle vers le port de Bol, notre attache pour deux jours, villa Giardino dans un jardin perso et deux chambres spacieuses, encore une bonne adresse pour de futurs vols.

Plage et resto, devenu une habitude, chaleur en augmentation, crème et ombre obligatoires, gellati italiennes, vins locaux assez quelconques, viandes et poissons grillés excellents, pizze et pasta en complément. On se remplit la panse de souvenirs croustillants pour passer sans déprime le prochain hiver.

Le soir, l'Allemagne écrase l'Argentine au foot, petits drapeaux aux fenêtres et sur quelques voitures, mais calme général.

Dimanche départ aux aurores, décollage 9h30 vers Roma Urbe, Dovidzénia des contrôleurs croates, les italiens cool (çà doit être le dimanche) à travers les Abruzzes, belles montagnes, arrivée Urbe le Toussus local, numéro deux et on allonge le vent arrière sur la ville éternelle, point de vue exceptionnel sur le Vatican et le Tibre, finale 34 et parking "pour 5 mn" dépose de Giorgio. On repart à midi quand la tour a retrouvé notre plan de vol, décollage en 16, donc refaire ballade sur Roma city, sortie nord, un point et la côte ensuite et le mec nous passe de suite avec Bastia qu'évidemment on n'arrive pas à contacter, trop bas trop loin. Survol maritime en silence, travers Grosetto et des centaines de bateaux moteur qui fusent sur l'eau à la recherche d'un lieu de piquenique dominical, travers Elba, la Corse se dessine à l'horizon, quelques arpents de neige résiduels, le cap Corse, Merlu au milieu de rien, Nice passe cavok, bourgeonnements lointains sur le nord italien et les Alpes, bleu gris devant. St Trop et sa baie, les vacanciers sont là, çà grouille, la Provence dort sous le mistral et la canicule, posé à Carpentras 14h30 sous le cagnard.

On ravitaille l'aéronef et les pilotes, Philippe reprend le manche pour la dernière branche, ligne droite au niveau 85 par-dessus quelques cumulus gonflés, plus rien après Roanne, on joue une dernière fois avec les tip tanks, on retrouve des points et des fréquences connus, la routine presque sauf en tour de piste Mureaux où je rappelle à un mec devant qu'un tour de piste se respecte (avion inconnu en finale sur la rive droite Seine, 400 pieds au-dessus des habitations entre Triel et Vaux ... finira au parking 3), une remise de gaz, un complet , avion au parking. On lui fait sa toilette complète, astiqué des ailes à la queue, avant le fond du hangar, prêt pour d'autres aventures.

25 heures de vol, presque pas d'huile, aucun frisson, que des endroits positionnés dans nos mémoires, une grosse envie d'y retourner avec d'autres, pour le fun mais aussi pour l'entrainement, excellente école.

Bons vols à tous

Jean Louis